La Fable de l'Empire Stratosphérique - VII
(ici le début)
7. Flûte d'Os (3)
Hjärta était abasourdie. Un diablotin lui était apparu suite à son invocation. Il n'était pas très haut (peut-être autant que le Nécronomicon), ses ailes bariolées tenaient plus de la décoration que du moyen de locomotion et il maniait dans sa main une flûte d'os blanc. Son sourire carnassier et ses yeux enfoncés et alertes ne pouvaient cacher sa nature maline.
"Qu'est-ce... qu'est-ce que vous êtes?" peina Hjärta à articuler. "Tout ceci... Jamais le Nécronomicon ne fait mention de..."
"Au diable cette antiquité!" Le diablotin sautillait sur place, incapable de rester en place. De sa flûte d'os il pointait dans la pénombre lunaire une jeune fille prise au dépourvu avec un air malicieux. "Que voulais-tu faire avec, hein? Demander l'immortalité? Invoquer Nattens l'Ineffable? Ah!" D'un geste de son instrument pointé vers le manuscrit maudit il fit jaillir les flammes.
"Arrêtez! Après tout le mal que j'ai eu à..."
"Silence."
Le ton de la créature n'avait pas été impérieux ou menaçant. Sa voix était simplement rentré directement dans la tête de Hjärta pour, avec calme et minutie, tout saccager. Sous le regard interdit de la mortelle, le livre qu'elle avait si difficilement acquis disparaissait en cendres.
"Il s'agissait d'un faux" expliqua le diablotin. "Il n'y a plus de Nécronomicon depuis des siècles. Un vrai Nécronomicon n'aurait pu être détruit aussi facilement." Il rengainna sa flûte d'os et se tourna vers Hjärta.
"Les incantations étaient falsifiées, tu aurais pu tomber sur un démon incontrôlable qui t'aurait réduit en petits dés avant de jouer avec. Les règles ont changé depuis les époques tourmentées du Nécronomicon. Tu vas devoir mériter un pacte avec moi. Dis-moi d'abord: que voulais-tu invoquer avec ton clair de lune et ton livre maudit?"
Hjärta sembla enfin recouvrer la parole. Tout ce qui se passait la dépassait, mais cela ne l'empêcha pas de chercher à tirer le meilleur parti de la situation.
"Je comptais faire acquérir à mon corbeau-rat, qui à présent se cache lâchement dans sa cage, de grands pouvoirs afin de devenir mon familier. En échange, j'étais prête à soumettre mon âme au démon qui scellerait un pacte par cette invocation."
Le diablotin sembla réfléchir. Un nouveau rictus se dessina sur son visage. Cette jeune fille, au menton fier et au regard affirmé, était donc prête à sacrifier son âme pour acquérir plus de pouvoir? Rares étaient les humains qui osaient aller si loin. Car si la plupart désire du pouvoir, ceux-ci préfèrent encore sacrifier leur parent que soumettre leur âme et ainsi perdre tout contrôle. Désirer le pouvoir, c'est désirer le contrôle. Mais celui semblait lui importait peu. La première condition pour retenir son attention était de l'intriguer. Elle avait réussi cela; mais réussirait-elle l'autre condition qui lui permettrait de lier un contrat avec lui?
"Si tu veux lier un pacte avec moi, tu devras réussir une épreuve. Alors, dans ce cas, je consentirai à munir de grands pouvoirs ton pitoyable animal en échange de la soumission de ton âme. Cela te convient-il?"
Hjärta, gravement mais avec un léger sourire, hocha la tête en signe d'acquiescement. "Oui, j'accepte ces conditions" formula-t-elle solennement.
Le diablotin, dont les ailes bariolées s'agitaient soudain, leva vers le plafond sa flûte. Alors qu'il devenait aussi blanc que l'os de son instrument, il lâcha dans un rire infernal:
"Fais-moi rire!"
Au moment où il prononçait son dernier mot le diablotin disparut dans un bref éclair blanc. Seule, Hjärta se laissa choir sur son lit. Son esprit travaillait à toute vitesse. Non, il ne pouvait pas être sérieux?!
La Fable de l'Empire Stratosphérique - VI
(ici le début)
6. Flûte d'Os (2)
Durant une semaine, Hjärta étudia les chaudières en journée et prépara son invocation le soir et une partie de la nuit. Ce rythme infernal lui creusait des poches sous les yeux et blanchissait son teint. Chaque jour elle perfectionna ses incantations jusqu'à ce qu'elle soit prête. Et cette nuit-là, elle se sentait prête.
La nuit avait envahi l'Empire Stratosphérique depuis de longues heures. De la lucarne munie d'une lourde grille transparaissait les rayons irréels de la lune presque pleine. A cette altitude, aucun nuage ne venait ombrager la pureté froide de la lueur lunaire. Enveloppé par ce flux argenté, le Necronomicon semblait être animé d'une puissance propre. Bien qu'il fût totalement immobile, on avait constamment l'impression qu'il tremblait, impatient de s'exécuter. Seuls les couinements appeurés du corbeau-rat faisait perdre du rituel de sa solennité. Consciente que l'heure idéale était enfin arrivée, Hjärta s'approcha de l'infâme Nécronomicon et l'ouvrit à la page des invocations de familiers. Il y avait plusieurs rituels qui existaient; certains demandaient des sacrifices humains, d'autres se contentaient de récupérer la moitié de l'espérance de vie de l'invocateur. Avec un rictus effroyable, Hjärta feuilletait avec une application macabre les listes d'abominations qui pouvaient s'offrir à elle. Elle regardait sans vraiment lire, car elle avait déjà arrêté son choix. Afin d'obtenir le monstre qu'elle désirait, elle acceptait de soumettre son âme aux déités funestes. Le contrat démoniaque était étonnament bien décrit, même si on avait parfois l'impression que les lettres de sang se mouvaient sur le parchemin vieilli et remplacer discrètement certaines clauses avant l'invocation finale.
Soumettre son âme, c'était donner sa chair aux démons pour qu'ils la possèdent à leur guise. Lorsqu'une telle possession aurait lieu, son esprit ne pourrait qu'assister, impuissante, aux actions de son corps contrôlé par une âme sanguinaire. Bien sûr, Hjärta le savait, elle ne pourrait côtoyer personne de manière prolongée sans mettre celle-ci en péril. Mais les démons avec lesquels elle signerait se pacte se garderaient bien de la laisser mourir trop rapidement; ils veuilleraient à protéger leurs intérêts.
Hjärta murmurra quelques mots d'une langue oubliée et redoutée et le cercle imperceptible qu'elle avait tracé au couteau s'obscurcit soudain. Un gouffre vers un plan démoniaque dégageait à présents ses exhalaisons de mort à travers la petite chambre. Récupérant le corbeau-rat tétanisé de sa cage, elle te tint fermément et le souleva au dessus de sa tête en signe d'offrande.
"Moi, Hjärta, t'invoque, démon infernal!"
Le gouffre circulaire, dans lequel on semblait déceler un firmament glacé, scintilla brièvement. Hjärta fronça les soucils. Avait-elle fait une erreur dans son invocation? Il s'agissait de sa première et regretta soudain de ne pas avoir une nouvelle fois vérifiée la régularité du portail circulaire. Qu'allait-il sortir de ce passage démoniaque en cas d'erreur? L'esprit de Hjärta, réfléchissant à toute allure, s'assombrissait de plus en plus.
"Hjärta, c'est cela?"
En entendant cette petite voix fluette prononcer son nom près de oreille, Hjärta pris peur et lâcha le corbeau-rat qui vola à toute vitesse vers sa cage pour se protéger. Hjärta se pétrifia littéramment. Le souffle coupé, elle tourna lentement la tête vers la voix aiguë qui l'avait appelé. Elle rencontra deux yeux rouges ancrés dans un petit visage perfide.
"Ravi de te rencontrer. Si tu rêves de domination, tu vas devoir changer de protocole. Tout d'abord, il n'y a que vous, les humains, pour croire que le vieux Nécronomicon possède encore la moindre valeur." La petite tête, caricature de celle d'un homme, fouillait du regard la chambrette d'un air intéressé. "On discute affaires ou bien?"
La Fable de l'Empire Stratosphérique - V
(ici le début)
5. Flûte d'Os (1)
"Et là, tu vois, c'est le corps de la chaudière. Il est en cuivre réhaussé de fonte, on ne trouve pas mieux. Ici, la combustion chauffe l'eau, qui se trouve là-dedans". Le petit doigt boudiné du mécanicien pointait la partie supérieure de l'énorme cuve au métal grenat. "Avec une chaudière, on peut chauffer l'eau pour l'usage quotidien, mais on peut aussi obtenir de la vapeur. Lorsqu'elle est produite, la vapeur est sous forte pression et elle actionne des moteurs situés plus loin". Son geste était vague. Visiblement, il n'avait aucune idée précise de l'utilisation de cette énergie.
Hjärta soupira. Son premier jour en tant qu'assistante de Varmt, le mécanicien spécialisé dans les chaudières, touchait -enfin- à son terme. Habituellement, on éprouvait un respect mêlé de crainte lorsqu'on se retrouvait près d'un Allié du Destin. Et pourtant, bien que ce mécanicien en fasse partie, il n'était impressionnant ni par sa corpulence, lourde et affable, ni par son intellect, qui brillait autant que le cuivre crasseux de ses chaudières. Une question revenait sans cesse dans l'esprit de Hjärta: mais que faisait-elle ici?
"Si tu ne m'écoutes pas, tu le regretteras" prévint Varmt d'un ton léger. Il remarqua enfin où Hjärta portait son regard et se tourna vers l'horloge en fonte encastrée dans le mur et dont les secondes s'égrenaient au cliquetis de ses rouages.
"Déjà cette heure-là!" Le visage du mécanicien s'empourpra. "Excuse-moi", ajouta-t-il. "Lorsque je suis lancé dans mes explications, je ne vois plus le temps passer." Il posa ses mains noires de cambouis sur ses hanches et soupira d'un air satisfait. "J'aime ce sentiment d'une journée bien accomplie."
Ce sentiment, non, Hjärta ne le ressentait pas. Après avoir marmonné un rapide "au revoir", elle se retira d'un pas excédé vers sa chambre. Celle-ci était située dans une aile excentrée du palais. A peine eut-elle pénétré dans sa modeste chambre qu'elle tira le verrou de sa porte. Elle tira d'une lourde sacoche le Nécronomicon, le posa religieusement sur son bureau et prit une longue inspiration. Ce soir, elle allait accomplir un rituel d'invocation de familier. Sa première invocation, qui n'en était pas vraiment une; il s'agissait plutôt d'une transformation démoniaque. Elle sortit de son placard une petite cage. Un petit cri aiguë de douleur transperça la pièce. Le coup autoritaire de Hjärta sur les barreaux n'en diminua pas l'intensité. Il s'agissait d'un corbeau-rat, une espèce étrange qui était apparue dans les souterrains de l'Empire Stratosphérique. Minuscules et craintifs, ils étaient enveloppés d'un gaz sombre qui semblait ne jamais se dissiper, et dans lequel luaient deux pupilles rouges. Ce n'était qu'à leurs mort qu'on pouvait observer leurs corps, difformités ailées aux muscles atrophiés et à la peau qu'on aurait dit carbonisée. Ils craignaient la lumière et ne s'aventuraient jamais en dehors de leur souterrain. A cause de leur furtivité, rares étaient les personnes qui avaient réussi à en observer un. Hjärta, mettant en oeuvre les qualités de trappeur qu'elle avait acquises sur le terrain, avait réussi à en piéger un. Le corbeau-rat qu'elle avait attrapé se faisait tout petit dans son enveloppe de gaz noir, et ses deux petits yeux rouges cherchaient désespéremment une échappatoire.
Le Nécronomicon en ferait certainement un familier démoniaque tout à fait excellent. Assez, sûrement, pour pouvoir aider par la suite Hjärta lors de ses futures invocations. Alors que tout le monde la croirait affairée à ces imbécilités de chaudière, l'Alliée du Ciel explorerait petit à petit le monde que lui ouvrirait le livre maudit. Et lorsqu'elle parviendrait à le contrôler, plus rien ne saurait l'arrêter.
La Fable de l'Empire Stratosphérique - IV
(ici le début)
4. L'Empire Stratosphérique
Là-haut, côtoyant les tempêtes cataclysmiques et les zéphirs légers, une prodigieuse masse de roche lévitait paresseusement. Fondé par un peuple ancien, l'Empire Stratosphérique voyageait au gré des vents. Ce rocher volant, évidé par les galeries, contenant une société qui, selon d'antiques traditions, était composée de trois castes. En premier lieu, les Alliés de la Terre, qui cultivaient abondamment et permettaient au peuple autarcique de survivre. Ensuite, les Alliées du Ciel, uniquement composé de femmes et qui, comme Hjäta étaient autorisées à quitter l'Empire Stratosphérique. Enfin, les Alliés du Destin qui seuls connaissaient les arcanes antiques du royaume, prodiguaient de rares et précieuses ailes mécaniques et dirigeaient l'empire. Alors que les Alliés de la Terre possédaient la quasi-totalité des terres de l'Empire et que les Alliés du Ciel possédaient l'immensité des cieux, les Alliés du Destin formaient une caste close dont on ne connaissait presque rien. Même les usines qui fournissaient matériel et ailes semblaient inaccessibles, invisibles. Peut-être se terraient-elles dans les profondeurs méconnues de l'Empire Stratosphérique, là où les galeries antiques s'effrondrent et s'obscurcissent?
Hjärta avait fait partie de ces jeunes enfants, filles d'Alliés de la Terre, qui s'étaient vu naître avec le don du vent et qui étaient devenues Alliés du Ciel, condamnés en contrepartie à ne jamais enfanter, car celle qui enfante perd le don du vent et n'est plus apte à dompter les cieux. Au retour de sa précédente mission, elle reçut un blâme pour la perte de son aile mécanique, "inadmissible et causée par de la négligence". Hjärta soupira en entendant sa sentence. Heureusement, le Conseil ne lui reprocha pas la disparition dedémon-poulpe mortellement blessé, reconnaissant qu'elle avait fait de son possible pour le vaincre et que la transformation de la créature n'avait pu être anticipée.
Consignée à des missions au sol tant qu'une nouvelle aile ne lui serait pas fournie, Hjärta devint provisoirement l'assistante d'un mécanicien spécialisé dans les chaudières. Le Conseil ne sembla pas remarquer que cette punition ne l'impressionnait guère. Elle s'estimait heureuse que les ritualistes récupés ne fussent pas en état en parler; sinon, ils auraient pu signaler que Hjärta avait récupéré un Nécronomicon dont elle n'avait pas signalé l'existence.
Encore maculé du sang de son précédent propriétaire, le manuscrit maudit patientait.
La Fable de l'Empire Stratosphérique - III
(ici le début)
3. Sang bleu et tentacules
Les tentacules de la créature s'abattaient autour de Hjärta. Sa vitesse lui permettait de les éviter mais elle sentait la terre vibrer à chaque fois qu'un de ces imposants appendices s'écrasait contre le sol. Lorsqu'elle fut assez proche, Hjärta s'arrêta, tout son corps en alerte. La créature, savourant sa victoire imminente, mis quelques secondes avant d'écraser de l'un de ses tentacules la jeune fille. Celle-ci, alors que le monstre s'était enfin décidé à attaquer, fit un bond de côté et grimpa sur le tentacule, s'y accrochant à l'aide de son couteau qui transperça facilement la créature. Du sang bleu gicla hors de la créature, arrosant Hjärta qui se protégea symboliquement avec son bras. La créature hurla et s'agita; elle secoua en tout sens son appendice blessé et le parasite qui s'y était accroché. Habituée à ces manoeuvres, Hjärta en profita pour bondir sur l'une des gueules de la créature et l'entailler profondément de son couteau. La chair de la créature était tendre et tressautait lors du passage de la lame. C'en était presque amusant.
Mais rapidement, le démon reprit le contrôle de lui-même. En tentant d'échapper à l'attaque d'un tentacule, Hjärta glissa et chuta du corps visqueux de la créature. Le démon reprit son calme et parut soudain étrangement serein. Hjärta put alors observer un mouvement parcourant la créature, comme une sorte de spasme. Le démon-poulpe, bien que grondant de douleur, semblait étonnamment concentrée. C'est alors que surgirent de son dos, dans un grand bruit de succion tout à fait répugnant, deux immenses ailes, encore recouvertes d'une substance gélatineuse qui s'écoulait jusqu'au sol. Le démon-poulpe avait fait surgir des ailes de son dos! Ces phénomènes, même parmi les créatures démoniaques, étaient rares. Décidément, ces ritualistes n'avaient pas manqué leur invocation. Avant même que Hjärta eut le temps de se raccrocher au démon, celui-ci commençait à s'envoler lourdement.
"Tu prends la fuite, lâche?" Hjärta jura. Son aile mécanique était détruite; elle ne pourrait le poursuivre. La créature était de toute façon mortellement blessée. Elle se dirigeait certainement vers l'océan, là où elle aurait du normalement être invoquée, et y périrait de ses blessures d'ici quelques jours.
Autour de Hjärta étaient entassés d'énormes rochers que la créature lui avait lancés. Les légendes bretonnes auraient du boulot pour les expliquer; mais elles devaient y être habituées à présent. Ca et là, des ritualistes se relevaient douloureusement, recouverts tantôt par le sang rouge de leurs codisciples, tantôt par le sang bleu du polype monstreux qu'ils avaient invoqué. Hjärta chercha des yeux de livre maudit qu'ils avaient utilisé, le Nécronomicon. Elle le trouva au creux d'un arbre. Un bras s'y accrochait fermement bien qu'il ne fut plus attaché à aucun corps. Elle récupéra l'ouvrage et le serra contre elle dans un mouvement presque maternel.
Ses yeux se tournèrent vers le ciel, d'un bleu toujours aussi azuré. A l'instant même où son aile mécanique avait été abattue -elle allait en entendre parler, c'était certain-, un signal de détresse avait été émis. Une équipe avait été précipité et viendrait bientôt la récupérer. Autour de Hjärta, des ritualistes hurlaient de douleur, à moitié fou. Ils seraient interrogés, pour la forme. De toute façon, la plupart d'entre eux n'était plus capable d'avoir une pensée cohérente.
Hjärta entreprit de retirer négligemment le sang bleuté qui séchait sous ses ongles à l'aide de sa lame. Sa première rencontre avec de tels démons avaient été proprement traumatisante. Maintenant, cela n'était rien de plus qu'une manière de gagner sa vie.
Et puis, elle faisait parfois des rencontre amusantes.
La Fable de l'Empire Stratosphérique - II
(ici le début)
2. Le Démon-poulpe
Fendant l'air par son envergure et sa vitesse, l'aile mécanique perdait en altitude, à la fois pressée et contrôlée. La foudre la frôlait, le fracas sourd du tonnerre la cahotait et la fureur sombre des cieux lui retirait toute visibilité. A son bord, Hjärta sentait la tempête qui l'enveloppait, douce et aimante dans sa violence, comme une vieille amie qui lui reprochait de ne pas venir la saluer assez souvent, et qui gentiment la taquinait. Le visage en partie recouvert par un masque à oxygène, la jeune fille évitait avec adresse les bouillonnements en effervescence autour d'elle.
Puis, soudain, l'aveuglement; Hjärta était ressortie du nuage sombre et se trouvait tout à coup dans un immense ciel bleu azuré. Se protégeant de l'éclat du soleil par son bras, elle fit accélérer l'aile et plongea plus encore vers la terre. Elle retira son masque à oxygène; elle n'en avait plus besoin, maintenant. La jeune fille inspira longuement un air pur et froid qui s'engouffra dans ses poumons. Un sourire de contentement traversa son visage encadré de cheveux châtains et courts. Ce voyage, Hjärta le réalisait souvent. C'était bien sûr là-haut qu'elle habitait, mais son statut d'agent au contact lui conférait de nombreuses missions à effectuer sur terre.
Un cri à glacer le sang l'arracha à ses pensées. Ainsi donc, la créature était déjà invoquée. Son visage devint grave. Ce groupe de ritualistes, qui s'était déjà fait remarqué, ne cesserait donc jamais? Plongeant vers la forêt de Huelgoat, Hjärta sortit son long couteau de sa poche et se prépara à attaquer. Déjà des arbres pliaient sous le poids de la créature qui semblait décidée regagner la mer.
"Les imbéciles! Toujours aussi incapable de lire une formule. Ne savent-ils donc pas que les démons tentaculaires doivent être invoqués dans l'eau de mer, et non dans une rivière? Qu'ils s'étonnent si elles deviennent agressives!"
Le monstre gigantesque était en vue. Ses trois gueules contenaient encore des cadavres de ritualiste fraîchement mastiqués. Le démon possédait en tout et pour tout trois yeux, vastes disques à facettes rougeoyants. Son corps, pourpre et imposant, était celui d'un poulpe; à la différence près qu'un poulpe mesure rarement dix-huit mètres de haut. Hjärta, survolant le démon, prépara sa stratégie. C'est du moins ce qu'elle faisait lorsqu'un énorme rocher la frôla; la créature l'avait remarquée et attaquait. Disposant d'une puissance effrayante, creuser le sol et soulever d'énormes rochers ne semblait lui coûter aucun effort. Hjärta n'avait plus le choix; il fallait attaquer et profiter de sa supériorité aérienne. Alors qu'elle allait sortir de sa sacoche une ampoule de chloroforme pure qui endormirait le monstre, un rocher particulièrement bien lancé atteignit son aile mécanique. Projetée par la puissance de l'impact, Hjärta ne dut qu'à son agilité sa réception contrôlée au sol. Son ampoule s'était malheureusement brisée. Endolorie, la jeune fille se releva en grimaçant. La créature la toisait de toute sa hauteur; il lui semblait même avoir un sourire malsain.
"Tu veux jouer à ça?" demanda Hjärta en essuyant une goutte de sang qui coulait sur sa lèvre, retroussée dans un rictus. Elle sortit son couteau et fonça en criant.
Le Portail de la Vierge - Anorexia Nervosa
Parce-qu'on aura beau dire ce qu'on veut,
Mad n'écoutait pas de la merde de rondelles.
(Paix à son âme)
Here she comes the teen virgin angel
Il désespère...
Human nature vomited with anger
By the holy avenger
Blessed be the martyrs of virtue
Jesus was impure
Here she comes lying on the white wedding couch
I mortify myself, curse thee a thousand times
Une trahison pour l'éternité
Je ne te laisserai jamais partir
Une trahison pour l'éternité
Rien ne sera pardonné
Et le sang coule entre ses cuisses
Rivière noire dans le ciel
Et le sang coule entre ses cuisses
Un ange déploie ses ailes
Donne-moi enfin la grâce
Viole mon âme
Brûle ma peau
Pour enfin la jeter en pâture
A cette terre morte assoiffee de luxure
I am the virgin and you are the whore
Longing for your revelation
I am the virgin and you are the whore
I'll have to make do with what I've got
Une trahison pour l'éternité
Je ne te laisserai jamais partir
Une trahison pour l'éternité
Rien ne sera pardonné
Et le sang coule entre ses cuisses
Rivière noire dans le ciel
Et le sang coule entre ses cuisses
Un ange déploie ses ailes
Donne-moi enfin la grâce
Viole mon âme
Brûle ma peau
Pour enfin la jeter en pâture
A cette terre morte assoiffee de luxure
Standing here in the shades of morning
You are the white sun of the end
Kiss my lips one last time
I promise you I'll leave then
Alien world
I failed once again
Drunk of ideals and sweetness
And I'm so far away from home
I fear this frozen place
Who am I for pretending to survive ?
Am I the last one on earth ?
I feel no desire, feel no attraction
Two days and I'm tired
I shall in all my best obey you, my dear
Murder me if I don't
But stay with me, don't turn away
Whereon do you look ?
Et le sang coule entre ses cuisses
Je ne te laisserai pas partir
Je ne laisserai pas ton âme entre ces mains souillées par l'humanité
J'en fais le serment devant l'Abîme
Que le ciel scintillant m'aveugle de sa toute puissance
Et le sang coule entre ses cuisses
Elle qui est si proche des flammes
Elle qui se croit déjà morte
Lever les yeux au ciel enfin
Une dernière fois
S'effacer dans la beauté de la nuit
Dans son silence, sa pureté infinie
Ne plus la trahir, ne plus la violer
Plus jamais, plus jamais
Je le jure...
Trop la Mother'Suckin'classe.
Et voyez l'ardent repeuplement du Fun For Psychos, en ces temps troublés...
La Fable de l'Empire Stratosphérique - I
Mes salutations, étranges créatures à un stade de décomposition avancé, venant rôder dans l'antre wormwoodesque aux heures propices à l'obscurité. Je me nomme Elder, et la souveraine en ce blog a contraint mon auguste personne, par un moyen vil et lâche, à vous conter l'antique Fable de l'Empire Stratosphérique.
Alors tâchez d'être attentifs. Je dispose de peu de temps dans ce monde, je vais donc devoir procéder par étapes. En espérant que vous reviendrez régulièrement lire la suite de ces aventures...
Elder.
*
1. Incantation sous ciel bleu
Les silhouettes encapuchonnées s'étaient réunies dans la forêt de Huelgoat et entonnaient des chants ésotériques. Disposés sur des affleurements de roche, la plupart des ritualistes pensaient surtout à ne pas glisser inopinément dans la Rivière d'Argent. La dernière fois que cela était arrivé lors d'une invocation, la créature tentaculaire s'était retournée contre ses sorciers et en avait dévoré la moitié. Enfin, cet épisode-là était prévisible; non, ce qui ne l'avait pas été, c'était la couleur du démon. Verte à étoile rose. Les rares survivants se promirent de ne plus jamais répéter la même erreur s'ils tenaient à garder un minimum de crédibilité.
Les chants s'élevaient jusqu'au ciel d'un bleu azuré. Bien sûr, ils étaient conscients qu'une nuit de pleine lune avec de la brume, des hululements de chouettes et des hurlements de loups aurait été plus adaptés, mais les ritualistes avaient appris par expérience que les créatures des dimensions multiples pouvaient être plus facilement capturées en plein jour. Ils ne comptaient plus le nombre de démons qui s'étaient enfuis dans la nuit noire, dont il était devenu impossible de retrouver la trace et qui participaient à présent activement aux légendes locales.
Le pentacle tracé au sol commençait à s'effacer. Celui qui lisait d'une voix de stentor un Nécronomicon en piteux état grimaça intérieurement. Des problèmes en perspective. Déjà qu'ils avaient dû prendre du sang de boeuf à la place de sang humain... à l'époque de la rédaction du Nécronomicon, il devait certes y avoir des volontaires à de tels sacrifices, mais plus de notre époque! Les serviteurs zélés et dévoués devenaient rares.
Le lecteur du Necronomicon, dont les pensées s'égaraient, manqua de lire deux fois la même ligne. Il se reprit juste à temps et recentra son attention vers le centre de la figure géométrique. Une lueur spectrale proche du verdâtre en émanait et une odeur putride commençait à s'en échapper; un vieux dicton disait qu'elle était directement corrélée à la puissance du monstre invoqué.
Cette fois, ils allaient y arriver! Invoquer un puissant démon et l'asservir! Des années de travail et de sacrifices enfin récompensées. Ils allaient enfin lier un pacte avec une créature poulpesque!
La Petite Bête
Hier eut lieu le baptème du digne (et premier) véritable successeur de feu notre bien-aimé Bouzilled, paix à son âme.
Celui-ci portera le nom affecteux de "la Petite Bête". Certes petite, mais également foutrement efficace, cette bestiole!
Petite Bête, toi et moi, c'est pour longtemps <3
-Wormwood- (et la Petite Bête qui fait "coucou")
(en pleine crise de "GNAAAHAGNAGNAGNAAA" parce-que trop longtemps été en manque de musique... Près d'un mois, non mais vous vous rendez compte?!)
I Nattens Timma
C'est une berceuse.
Ensam i mörkret trivs jag bäst
ensam i nattens timma
frigör dig från dagens ljus
bör du hör mina dikter
Natt efter natt är jag här
för att få svar på gåtor
vill inte, vill inte vara kvar
Snörd runt min hals ligger en vals
som för mig till nattens rike
jag dansar så lätt runt i mitt runt
känner att tiden är kommen
plågas och våndas varje dag
var de min resas mål?
sängen är orörd dikten klar
Snörd runt min hals ligger en vals
solen går upp i hösten
sitter och väntar på ett svar
ljuset det för mig till vila
Ma solitude en ces heures nocturnes
Si tu te libères de la lumière du jour
Tu devrais pouvoir entendre mes poèmes
Nuit après nuit, je suis ici
Pour trouver les réponses aux énigmes
Tu ne veux pas, tu ne veux pas que je sois là
La corde enserrant mon cou est un choix
Qui m'amène au royaume de la Nuit
Je danse si légèrement dans cette ronde
Je sens que le temps est venu
La souffrance, l'angoisse chaque jour,
Ce voyage était-il leur but?
Le lit n'est pas défait, et ce poème est clair
La corde enserrant mon cou est un choix
Le soleil se lève sur ce jour d'automne
Assieds-toi et attends une réponse
De cette lumière dans laquelle je repose


